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lundi, septembre 26, 2022

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Iran : cinq questions sur la mort suspecte de Mahsa Amini

La colère gronde en Iran. La mort dans des circonstances inquiétantes de Mahsa Amini, 22 ans, vendredi 16 septembre à Téhéran, a provoqué une vague d’émeutes dans le pays. Les versions des autorités et de la famille divergent, la première assurant que la jeune femme est décédée d’une crise cardiaque lors d’un contrôle de la police des mœurs. Ses proches dénoncent, eux, des violences qui auraient entraîné la mort. Franceinfo revient sur cet événement qui embrase le pays puisque trois personnes ont été tuées lors de manifestations au Kurdistan iranien, mardi 20 septembre.

Quelle est la version des autorités ?

En visite à Téhéran avec sa famille, Mahsa Amini a été arrêtée mardi 13 septembre par la police des mœurs chargée de faire respecter des règles vestimentaires strictes pour les femmes. Cette interpellation devait servir à dispenser des « consignes », a assuré jeudi la police locale. Mahsa Amini, « ainsi qu’un certain nombre de personnes, ont été emmenées dans l’un des commissariats de police » mais « elle s’est soudainement évanouie alors qu’elle était avec d’autres personnes dans une salle de réunion », a détaillé la police.

Immédiatement transportée à l’hôpital, « elle est décédée et son corps a été transféré à l’institut médico-légal », a indiqué vendredi la télévision d’Etat. Dans un communiqué, la police de Téhéran a confirmé la mort de la jeune femme. « Il n’y a pas eu de négligence de notre part. Nous avons mené des enquêtes (…) Et toutes les preuves montrent qu’il n’y a pas eu de négligence, ou de comportement inapproprié de la part de la police», a assuré le général Hosseim Rahimi, chef de la police de la capitale iranienne.

Pour étayer la version de la police, la télévision d’État a diffusé des extraits d’une vidéo dans laquelle on voit une femme, présentée comme Mahsa Amini, se lever pour parler avec un « instructeur » de sa tenue puis s’effondrer.

Comment réagit la famille de Mahsa Amini ?

Amjad Amini, le père de la victime, a déclaré à l’agence de presse Fars lundi 19 septembre que la « vidéo a été coupée ». Sa fille a été « transférée tardivement à l’hôpital », selon lui. Il a également assuré que sa fille était « en parfaite santé », contredisant les déclarations du ministre iranien de l’Intérieur Ahmad Vahidi, qui a affirmé que « Mahsa avait apparemment des problèmes antérieurs » et qu’elle « avait subi une opération au cerveau à l’âge de 5 ans ».

Le média Iran International, situé à Londres, a publié sur Twitter des images présentées comme un scanner du crâne de Mahsa Amini et montrant une « fracture osseuse, une hémorragie et un œdème cérébral », étayant l’idée d’une mort violente causée par des mauvais traitements.

Sur le réseau social, d’autres internautes ont partagé des photos de la jeune femme la montrant intubée sur un lit d’hôpital, visiblement inconsciente.

Qu’est-ce que la police des mœurs ?

Officiellement connue sous le nom de Gasht-e Ershad (« patrouille d’orientation » en iranien), la brigade des mœurs est une unité qui patrouille dans les rues pour vérifier l’application de la loi sur le foulard dans les lieux publics et d’autres règles islamiques. Depuis la révolution islamique de 1979, la loi iranienne oblige toutes les femmes, quelle que soit leur nationalité ou leurs croyances religieuses, à porter un voile qui couvre la tête et le cou, tout en dissimulant les cheveux.

Ce n’est pas la première fois que cette force de police fait débat en Iran. « Toutes les Iraniennes ont des souvenirs d’escarmouches, et plein de mauvais souvenirs avec la police des mœurs qui est partout et qui réprime systématiquement les femmes », explique à franceinfo Mahnaz Shirali, sociologue et politologue iranienne.

Pourquoi les gens sont-ils en colère ?

Depuis samedi, de violents affrontements opposent les forces de sécurité iraniennes à des manifestants dans les grandes villes du pays. Mahsa Amini est « devenue le symbole de l’injustice qui règne depuis 43 ans » en Iran, explique Mahnaz Shirali.

A Saghez (nord-ouest du pays), la ville natale de Mahsa Amini située dans la province du Kurdistan, où elle a été enterrée samedi, des habitants ont jeté des pierres sur le siège du gouverneur et crié des slogans hostiles. Des manifestations ont également eu lieu dans la capitale de la province du Kurdistan, Sanandaj, mais aussi à Téhéran et dans la deuxième ville du pays, Ispahan.

Sur les réseaux sociaux, des femmes se montrent à visage découvert en train de se couper les cheveux ou de brûler leur hijab.

« Avec la mort de Mahsa Amini, il y a une forme de saturation qui s’exprime », observe la politologue Dorna Javan, spécialiste des mobilisations en Iran, auprès de franceinfo. Trois personnes sont mortes au Kurdistan iranien, mardi 20 septembre, dans des affrontements avec la police. Les autorités parlent de trois morts « suspects » et d’un « complot fomenté par l’ennemi », affirmant que l’une des victimes a été tuée par un type d’arme non utilisé par les forces de sécurité iraniennes.

Au sein même de la classe politique iranienne, des voix commencent à s’élever contre cette police des mœurs. « Il n’obtient aucun résultat sauf à causer des dommages au pays », a déclaré le député Jalal Rashidi Koochi à l’agence de presse Isna. « Le principal problème, c’est que certaines personnes ne veulent pas voir la vérité », a-t-il regretté. Pour tenter d’apaiser la situation, le président iranien Ebrahim Raisi a demandé l’ouverture d’une enquête.

Quelles sont les réactions internationales ?

Cette affaire a un retentissement majeur en Iran, mais aussi à l’étranger. La Maison Blanche a jugé la mort de la jeune femme « impardonnable ». « Nous continuerons à tenir les dirigeants iraniens responsables de ces violations des droits de l’homme », a écrit sur Twitter Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden. Le Quai d’Orsay, pour sa part, a qualifié l’arrestation et la mort de la jeune femme de « profondément choquantes ».

Depuis Genève, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme par intérim, Nada Al-Nashif, a exprimé mardi « son inquiétude face à la mort en détention de Mahsa Amini (…) et la réaction violente des forces de sécurité aux manifestations qui ont suivi ».

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